(Texte inspiré par un tract de la CGT © communication FNIC. 2022)
LA RETRAITE PAR RÉPARTITION : UN SYSTÈME CONTINUELLEMENT REMIS EN CAUSE
Les media ne cessent depuis des décennies, lorsqu’ils parlent de notre système de protection sociale, d’employer des termes comme "Etat Providence", "Dépense Publique", "Déficit Public", "Prélèvements obligatoires", "Charges Sociales", etc.
La quasi totalité de la population (hélas !) a ainsi fini par croire que les Gouvernements et le Patronat nous protègent, nous octroient des prestations qui leur coûtent de plus en plus au point d’en devenir déraisonnables, dangereuses pour l’équilibre de la société tout entière.
Ceci est un énorme mensonge !
La fiction des deux catégories de cotisations sociales (patronale et salariale) sur les feuilles de paie est pour beaucoup dans l’instauration de cette illusion. C’est le travail du salarié qui produit (collectivement) la richesse à la base de la cotisation. Réunir ces deux parts en une seule cotisation (du coup très élevée) montrerait plus clairement l’importance de la Protection Sociale et de l’enjeu qu’il y a à nous la ré-approprier.
La Sécurité Sociale est un système fondé sur des cotisations et non sur l’impôt. Ses objectifs, ses grandes orientations et sa gestion en reviennent donc au cotisants et non à l’Etat.
C’est d’ailleurs ce qui a été institué au moment de sa création puisqu’elle était gérée par les syndicats qui étaient majoritaires dans son administration. C’est l’argent des cotisants, et plus particulièrement des travailleurs, salariés ou indépendants, fruit direct de leur travail et non de quelconques placements ou spéculations, ni d’une taxation fiscale, qui alimente ce système. Il était donc logique qu’ils le gèrent eux-mêmes.
(Il faut aussi se souvenir qu’avant la Seconde Guerre mondiale, la protection sociale reposait sur une multitude de systèmes d’assurances par capitalisation qui ont pour la plupart fait faillite).
Donc, les 4 et 19 octobre 1945, après la Libération, deux ordonnances sont promulguées.
Elles posent les fondations du régime général de la Sécurité sociale et d’une assurance vieillesse, pour tous les salariés. Un système fondamental, qui fonctionne "par répartition" et qui structure la société française.
Il faut absolument voir à ce sujet l’excellent film "La Sociale" de Gilles PERRET, qui raconte cette histoire largement ignorée et qui, entre autres, recueille le témoignage particulièrement édifiant et émouvant d’un de ses fondateurs
Le budget de la Sécu étant supérieur (et de loin !) à celui de l’Etat (1/3 du PIB pour l’ensemble, soit 833 milliards, dont 345 milliards pour les retraites, soit 13,5% du PIB), on comprend que les financiers et les actionnaires, qui vivent de placements d’argent, aient ressenti durement qu’on les empêche ainsi de faire "fructifier" (à leur profit !) un tel magot. En effet, la répartition consiste à redistribuer immédiatement (dans le mois même) l’argent des cotisations à celles et ceux qui en ont besoin (pensions de retraites, soins médicaux).
Une longue, patiente et permanente stratégie de dépossession de notre bien commun a donc été entreprise dès les premières années de fonctionnement de la Sécurité Sociale.
D’où les multiples et incessantes "réformes" qu’ils ont, grâce à notre crédulité et à notre passivité, réussi à imposer au nom de notre propre intérêt ("c’est pour mieux te protéger mon enfant"...) mais en réalité à notre détriment.
Voici la liste des réformes que la Sécurité sociale (dont la retraite) a subies depuis sa création :
1945 :
Séparation de la Caisse d’Allocations Familiales du régime général.
1947 :
Création de l’AGIRC, à la demande de la CGC, elle-même d’ailleurs créée avec le soutien du patronat.
1953 :
Une première tentative de regrouper, dans le régime général, les régimes spéciaux (mineurs et cheminots dont les régimes sont jugés trop généreux et devant être alignés sur le secteur privé), fortement contestés (grèves des fonctionnaires), avorte.
1956 :
La vignette automobile, paraît-il destinée à alimenter le Fonds national de solidarité (FNS) est instituée.
1960 :
De Gaulle restreint le droit des présidents élus par les salariés au CA de la Sécu et nomme des directeurs chargés de sa gestion, à la place des représentants des salariés.
1967 :
La Sécu est scindée en trois branches (maladie, retraite, accidents du travail), sans possibilité de transfert d’une caisse excédentaire à une caisse déficitaire. Depuis cette date le régime général des retraites a fait l’objet d’une série de mesures gouvernementales le rapprochant d’une sorte de norme des assurances privées.
1971 :
La loi Boulin fait passer de 120 (30 ans) à 150 trimestres (37,5 ans) la période de cotisation ouvrant droit à une retraite à taux plein, sur la base des dix meilleures années (et non plus les dernières années.)
1982 :
Ordonnance Auroux, retraite à partir de 60 ans, pour 37,5 années de cotisation, à taux plein de 50 % du salaire annuel moyen. Création d’une décote (appelée alors « abattement ») pour chaque trimestre de cotisation manquant pour avoir 150 trimestres (2,5 % par trimestre, soit 10 % par an).
1987 :
La loi Seguin impose que les pensions de retraites soient revalorisées sur l’inflation et non plus sur l’évolution du salaire moyen.
1993 :
Réforme Balladur, passage de 37,5 ans à 40 ans de durée de cotisation pour les salariés du privé,
Passage des 10 aux 25 meilleures années pour le calcul du salaire du retraité.
1995 :
Réforme Juppé, retrait du projet de « régime universel ». Les régimes spéciaux gardent leurs particularités grâce aux mobilisations.
2003 :
Réforme Fillon : allongement progressif de la durée de cotisation jusqu’à 41,5 ans. Application de la décote et des règles du régime général au régime de la Fonction publique.
2010 :
Réforme Woerth, recule l’âge de la retraite de 60 à 62 ans. Elle contient également des dispositions visant à rapprocher différents régimes (Fonction publique, régimes spéciaux) du Régime général et des Régimes alignés.
2012 :
Le décret « Hollande » du 2 Juillet, assouplit les conditions d’accès à la retraite anticipée pour carrière longue à partir de 60 ans et en élargit le nombre de bénéficiaires.
2014 :
Réforme Touraine, passant progressivement de 41,5 ans pour les générations nées en 1955, 1956, 1957 (cf Lois antérieures) à 43 ans pour les personnes nées à partir de 1973.
2019 :
Grâce à la mobilisation, échec de la réforme Macron, qui visait à mettre en place un système par points, cher à la CFDT, et à supprimer tous les régimes spéciaux.
Quand les gouvernements, les financiers et le patronat disent qu’il n’y a plus d’argent, ils mentent ! Parce que les réserves des caisses s’élèvent à des millions d’euros et parce que si le système est momentanément en difficulté pour quelque temps en raison des pensions à payer aux nombreux "boomers", il ne le sera plus après leur disparition. Il ne nécessite donc pas une modification de ses fondements.
Imposons par des luttes des augmentations de salaire, donc des rentrées de cotisations sociales.
Revenons (en l’améliorant et en l’adaptant aux réalités démographiques du moment) au système créé et mis en place par le CNR.
Notre système de retraite par répartition fonctionne (encore) depuis 77 ans, malgré toutes les attaques des différents gouvernements et il continue à être en mesure de verser des retraites « convenables ». Il avait été mis en place au moment où la situation économique de la France, au sortir de la guerre, était catastrophique et il ne serait plus viable aujourd’hui ?
Préservons ce bien commun qui a été la plus belle invention depuis la fin de la seconde guerre mondiale !
Reprenons en main notre système de mutualisation. Nous n’avons pas besoin d’être "protégés", mis sous tutelle, nous saurons nous protéger nous mêmes en gérant ce qui nous appartient en commun, prendre les dispositions nécessaires face aux aléas de la situation qui se présente pour une ou deux décennies.
Si ce système tient encore malgré les multiples attaques qu’il a subi, c’est bien parce qu’il est mutualisé et non éclaté en multiples capitalisations "chacun pour soi" et il serait encore plus solide et plus efficient si nous le gérions nous-mêmes.
Soyons des millions à manifester dans ce but !
Il y a bien au moins une douzaine de millions d’adultes, sur 47 millions, qui se sentent concernés, non ?...


